jeudi 13 octobre 2016





Je rêve...mon corps, minuscule raidillon, sale, tellement sale ! Embué de l'intérieur par l'haleine des viscosités qui le hantent, car mon corps est bien une sorte de porcherie industrielle à l'usage de ce fuel d'organes saucissonnés, ronfleurs et menteurs, qui se pressent à mes orées et en corrompent incessamment les marges encore inusitées. Je préférerai être un pot d'échappement, un urinoir dans un hôtel social de Tanger, le tampon hygiénique d'une cancéreuse, l'implant défécatoire d'un vieillard. De bas en haut, dans ce monde pauvre en dimensions, je ne suis en quelque sorte que mon propre ver solitaire, chibre de graisse et de jaunisses mêlées, érigé pour la seule gloire de ma dévoration par le temps. Mon oeil de graisse, renforcé par la double cavité orbitale et la gelée photolumineuse qui me sert de décodeur interne, ne fait rien pour m'épargner la douloureuse impression d'exister. Tapisserie de rondelles emboitées les unes dans les autres, pivotantes sur elle mêmes comme les poupées de Bellmer, rotations sans axe, prolapse cloué à l'air libre, surexposé en vitrine et baisé, rebaisé, reménopausé, revirginisé, ruminance de moi à moi à travers le filtre étroit d'un temps aveuglé par la préemption des organes sur le monde.

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