Je rêve...mon corps, minuscule raidillon, sale, tellement sale ! Embué de
l'intérieur par l'haleine des viscosités qui le hantent, car mon corps est bien
une sorte de porcherie industrielle à l'usage de ce fuel d'organes
saucissonnés, ronfleurs et menteurs, qui se pressent à mes orées et en
corrompent incessamment les marges encore inusitées. Je préférerai être un pot
d'échappement, un urinoir dans un hôtel social de Tanger, le tampon hygiénique
d'une cancéreuse, l'implant défécatoire d'un
vieillard. De bas en haut, dans ce monde pauvre en dimensions, je ne suis en
quelque sorte que mon propre ver solitaire, chibre de graisse et de jaunisses
mêlées, érigé pour la seule gloire de ma dévoration par le temps. Mon oeil de
graisse, renforcé par la double cavité orbitale et la gelée photolumineuse qui
me sert de décodeur interne, ne fait rien pour m'épargner la douloureuse
impression d'exister. Tapisserie de rondelles emboitées les unes dans les
autres, pivotantes sur elle mêmes comme les poupées de Bellmer, rotations sans
axe, prolapse cloué à l'air libre, surexposé en vitrine et baisé, rebaisé,
reménopausé, revirginisé, ruminance de moi à moi à travers le filtre étroit
d'un temps aveuglé par la préemption des organes sur le monde.

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