lundi 17 octobre 2016





Ainsi, le monde continue de disparaître. Il suffit de se rendre à ses ornières, dans ces zones rurbaines désertées par la Lumière de Dieu, où ne pousse désormais que l'ortie de la concupiscence et le chiendent du désœuvrement. Le modèle ultra libéral judéo-protestant, testé et approuvé à travers la création même des USA, qui ne sont qu'un pays éprouvette, une odieuse mise en pratique de la sécession de l'individu vis à vis de Dieu et engrangée à l'aube des Lumières - a créé cette mise en circuit de l'homme qui le confine à ses actes marchands, vu à travers le prisme d'un sédentarisme enclavant - pendant que les masses oligarchiques, au contraire, trament un autre réseau de Réel à travers un nomadisme toujours plus obscène. Ces zones rurbaines tracent une nouvelle topologie de la marchandisation de l'homme, un espace tabulaire qui agit comme une arborescence du déclin : zones industrielles, hôtels Formule 1, chaines de restaurant éclairées par de puissant néons et brassant la même viande d'abattoir javellisée, centres commerciaux totémiques, achèvent ce processus de standardisation de l'humain à travers des modes d'émergence vassalisés par le Capital. Les USA ne sont pas tant un pays - au sens de Nation - qu'une topographie mentale de l'aliénation, un substrat cognitif agissant sur la racine même de l'homme et proclamant, à travers une valorisation de l'hyper individu (ou du micro individu) la perte totale de toute verticalité, de toute tentative de se subsumer à travers l'idée de groupe ou de collectivité. Dans nos provinces désertées par Dieu, dans ces villes grises où battait encore il y a 60 ans le cœur d'une France rurale, encore agissante sur son propre réel, les rues sont désormais vides, seules battent les pancartes d'enseignes bas de gammes, proposant les mêmes fétiches nullifiants. C'est la perte de sens, la perte de causalité, et donc la perte du réel, qui entraîne de véritables blancs sur la carte, de véritables trous noirs dans le tissu causal de la réalité . Êtres errants indéfiniment sur la brèche dans des campagnes qu'on a amputé de leur raison première : aujourd'hui, ce qui quadrille le monde occidental, c'est la répétition, à chaque seconde, d'un hyper présent qui refaçonne constamment de véritables généalogies de la Ruine. Nous vivons après l'Histoire, comme chacun sait, dans cette bulle de contre-sens générée par un monde technicisé et capitalisé, ou les confluences désormais centripètes de l'alter-production ( c'est à dire la production d'acausal, et non de causal ) ont créé des univers de pure virtualité, dans lesquels nous évoluons, avec la certitude idiote d'être à la pointe du progrès - alors que nous sommes contraire dans le caniveau de l'Histoire. Jamais époque n'a été aussi obscurantiste, dévoluée, tournée vers le matérialisme, la production générique, l'emphase absurde des possessions iconiques et la marchandisation culturelle. Cette ère absolue du divertissement où les seuls valeurs véhiculées par les adultes sont celles de la jouissance et du libre arbitre. Surtout, ne pas penser la place de l'homme dans l'univers, surtout ne pas se rappeler de la Chute. Au contraire il s'agit d'en accélérer le mouvement dans ce geste futile de condamnés à mort paramnésiques, baffrés de nourriture grasses et de viandes animales compactées, recyclant à même leurs colons avariés le cycle sénescent de l'avachissement industriel, incapables de sentir davantage les flatulences de mort à travers lesquelles leur Destin est en train de se liquéfier.
En déléguant à des terminaux électroniques, les fonctions premières de la pensée, du Langage et du désir - celui-ci étant sans cesse anéanti par l'hyper présent généré par le Net - l'homme redevient un simple sac de tripes réduit à ses fonctions stercoraires, un accident industriel qu'il conviendra d'effacer.
Exuvies de nous mêmes, flottant à la lisière du monde, entre les oligarchies-baudruches, qui gonflent de leurs mensonges toujours plus obscènes, et le terreau noir des anciennes damnations, recyclées par les masses lucifériennes. Obèses d'une vie sous-traitée par les apostilles quantitatives d'un monde dénervé, en constante duplication de lui-même. Un monde pour qui le Réel et la mise en scène du Réel sont devenus une seule et même chose, un même photogramme repassé à l'infini, l'accident fast-forwardé et le terrorisme à grande échelle comme seul horizon politique possible.

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