Donc, nous vivons après la Chute, et la segmentation des
savoirs, des techniques, la spécialisation des connaissances, dérivent
directement de cette chute, de cette paramnésie qui est comme une arborescence
inversée, une fontaine d'énergie filtrée par des cercles de matière et de temps
de plus en plus voraces. Chaque être humain est en quelque sorte une chute
stratifiée, un mouvement descendant qui a été codé et dont l'écho vacillant est
émulé quelque part dans le brouillard analogique de
ses manifestations corrompues. Le temps, la matière ne sont que des émulations
de la distance entre Dieu et le vide. Nos cerveaux et leurs diverses couches
cognitives, qui se cristallisent avec "l'évolution", nous empêchent
de distinguer le monde, nous n'en voyons que l'envers. Rudolf Steiner précisait
par exemple qu'un des enseignements les plus mystérieux de la Tradition était
de comprendre que, dans le système solaire, les différentes planètes qui le
composent sont tout simplement des incarnations de la Terre à des âges différents,
voir parallèles. Le temps est en quelque sorte une plasticité noire de l'atome
que nos cerveaux ont construit pour survivre à l'évidence de l'hyper-monde. En
résultent l'art, la science, et l'enfoncement progressif dans les arches de
boue de la matérialisation. Le cosmos tout entier n'est qu'une construction
liée à un consensus cognitif qui se développe et s'engourdit, se minéralise,
avec la création de paradigmes religieux et scientifiques qui sont autant de
parodies de la manifestation. Le paradoxe de Fermi est donc aisément explicable
par ceci : si nous ne voyons personne d'autre que nous dans l'infinité de ce
cosmos grotesque, c'est parce qu'il n'est rien d'autre qu'une tapisserie
holographique générée par la noosphère, qu'il n'est tout entier que le pus noir
suppurant lentement de la plaie que notre reflet dans le monde a créé.

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